D’une icône de la modernité à la ruine urbaine et politique d’un pays
La Torre David à Caracas

15 décembre 2022

REVUE : tranversale - ENSAPVS

Numéro 6 : Histoire : architecture, paysage, urbain

Laboratoire : EVCAU

Coordonnée par : Gilles-Antoine LANGLOIS

Date : Décembre 2022

La Tour Confinanzas, premier nom de la Torre David a représenté en son temps l’une des icônes de la modernité de la ville de Caracas, pour devenir aujourd’hui l’icône d’un habitat informel à l’abandon  : une ruine urbaine. Ce gratte-ciel, situé sur l’avenue Andrés Bello à Caracas, est l’un des complexes de bâtiments les plus remarquables de la capitale vénézuélienne. D’abord squattée en 2004 par un premier groupe de sans-abri, la tour suit, jusqu’en 2013, un processus de bidonvillisation en vertical ; cette même année, il est estimé qu’environ plus de 4000 personnes vivaient au sein du complexe d’immeubles. Depuis 2015, la Torre David est vide, délabrée, laissée debout par le gouvernement qui a relogé sa population dans une opération Grande Mission Logement Venezuela (GMVV) hors du centre-ville. En 2022, le pays profondément transformé subit une très grave crise, en raison de la chute des cours de pétrole sur lesquels repose l’économie. Depuis 2015, 6,8 des 32 millions d’habitants, ont émigré à l’étranger, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés2. La violence de ces mutations peut être mise en rapport avec celle de l’État à travers ses instruments de coercition comme le logement social. Devenu instrument d’action publique, il constitue un dispositif à la fois technique et social qui organise des rapports sociaux spécifiques entre la puissance publique et ses destinataires en fonction des représentations et des significations dont il est porteur.

Notre hypothèse part du principe que les paysages urbains actuels représentés par la Torre David et la production de la GMVV sont devenus le reflet des crises politique, sociale et économique que traverse le pays (fig. 1). Plus encore, le processus d’appropriation de ce complexe d’édifices privés par les habitants, puis leur expulsion et leur relogement par le gouvernement, jusqu’à l’abandon actuel de la tour témoigne d’une impuissance économique du pays, malgré les enjeux politiques énoncés. Comment l’État peut-il viser une solution « miraculeuse » aux problèmes rencontrés par la société au niveau du logement social ? Quel serait l’intérêt de ce gouvernement bienfaiteur à conserver cette image de bidonville en vertical en ruines ? Pour avancer sur ces questions, dans une première partie, nous évoquerons la logique bolivarienne avec l’arrivée des missions en évoquant le récit politique et social autour de l’occupation de la Torre David. La seconde partie abordera brièvement la valeur patrimoniale de l’édifice devenu « ruine », ainsi que les débats autour d’une destruction/reconstruction, puis nous reviendrons sur l’expulsion des habitants lors d’une opération civico-militaire, afin de les reloger à 72 kilomètres du centre-ville, dans une des missions de la GMVV. Au niveau méthodologique, nous avons constitué un corpus d’images et de documents en lien avec des entretiens non directifs menés lors des visites d’une vingtaine d’opérations, entre 2014 et 2020, auprès de familles ex-occupantes de la tour et relogées dans des programmes de la GMVV, ainsi que des rencontres avec les acteurs institutionnels et privés de l’aménagement urbain de Caracas, et notamment les architectes d’Urban Think Tank lauréats du prix de Venise.

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