Benjamin Leclercq

Retraduction et invisibilisation des conflits. Donner la parole aux locataires des quartiers d’habitat social

Ouvrage : Donner la parole aux « sans-voix » ? Construction sociale et mise en discours d’un problème public

Date de parution : 2022

Éditeur : Presses Universitaires de Rennes

Collection : Res Publica

Direction d’ouvrage : Benjamin Ferron, Emilie Née, Claire Oger

Nombre de pages : 185-199

ISBN : 978-2-7535-8308-5

Domaines : sociologie, science politique, sciences du langage

Référence HAL-SHS : hal-03672935

Résumé

Ce chapitre examine comment un groupe professionnel issu du monde HLM , les acteurs du Développement Social Urbain (DSU), légitiment leur expertise et leurs modes d’interventions dans des quartiers d’habitat social en s’appuyant sur une rhétorique qui, tout en encourageant la prise de parole des locataires, tend à enfermer ces derniers dans un rôle de relais de l’action publique locale. L’impératif participatif dont ces professionnels se font le vecteur repose sur un double diagnostic. D’une part, une partie des habitants serait « invisible » dans l’offre de participation existante, en particulier les populations des immeubles les plus « sensibles » ou « complexes » à gérer pour les organismes HLM. D’autre part, ces mêmes habitants seraient porteurs de demandes non traitées par l’action publique locale et capables de porter des « projets » pour améliorer le cadre de vie de leur quartier, si tant est qu’on les accompagne dans ce sens. Après avoir montré comment un tel travail de légitimation et de mise en parole de ces « invisibles » s’inscrit dans le paysage institutionnel local, l’analyse met en évidence comment les entrepreneurs de cette cause participative entretiennent une confusion entre invisibilité et inaudibilité pour catégoriser leur public. En pratique, la traduction de la parole de ces « invisibles » doit répondre à l’exigence d’un consensus entre bailleur et locataires qui a pour effet paradoxal de consacrer la primauté de l’expertise technique, dont les professionnels sont dépositaires, au détriment des savoirs citoyens des habitants.

Mots clefs : participation citoyenne ; professionnel.le ; intervention sociale ; logement social ; conflits ; quartiers populaires