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Yaneira Wilson Wetter

L’innovation sociale dans le processus de responsabilisation de locataires par les ateliers participatifs et le numérique

Thème : « La production de représentations ordinaires des territoires par des dispositifs de storytelling participatif »

Date : 14 octobre

Heure : 09:00 - 18:00

Lieu : MSH Paris Nord, salle panoramique (4e étage)

L’innovation sociale dans le processus de responsabilisation de locataires par les ateliers participatifs et le numérique

Au nom de la participation des habitants, de l’amélioration de la qualité de service et de la réduction des coûts de gestion, les bailleurs sociaux multiplient les dispositifs d’« innovation sociale » (Demoulin, 2016) qui cherchent concrètement à transférer certaines de leurs responsabilités aux locataires. Le dispositif sur lequel nous voudrions revenir est significatif de ce processus de responsabilisation des locataires, par lequel le numérique sert de médium à la transformation de l’espace et des pratiques résidentielles, et de support de nouvelles activités professionnelles (Leclercq, Wilson, 2021). Sa mise en œuvre s’inscrit dans le cadre d’une recherche-action menée dans trois quartiers HLM de l’agglomération de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), financée par un Fonds Européen de Développement Régional (FEDER). L’obtention de ce fonds de près de 6,8 millions d’euros a permis au bailleur enquêté d’expérimenter sur cinq ans un modèle d’habitat dit « contributif » (Beslay et al., 2019), devant résoudre simultanément deux types de problèmes sociaux : la précarité énergétique des ménages d’une part, et leurs difficultés d’insertion sociale et professionnelle d’autre part. En s’imposant comme paradigme de l’intervention sociale, la norme d’autonomie a progressivement fait sa place dans la politique de l’habitat, en véhiculant une « grammaire de la responsabilité » auprès de ses bénéficiaires (Genard, 1999) jusque dans l’espace privatif du logement. En une cinquantaine d’années, les locataires du parc social sont passés du statut d’« assujetti » à la puissance publique, à celui de « client », puis d’« acteur » voire de « coproducteur » de la gestion urbaine (Warin, 1995). Comme l’explique son descriptif officiel, le programme repose sur « un soutien et une formation individualisée permettant aux résidents de logements sociaux de monter leur propre micro-entreprise ou d’accéder à d’autres formes d’emploi ». Cette communication montre comment ces dispositifs cherchent à transformer l’habitat social en espace de travail, et véhiculent ainsi une injonction auprès des personnes logées à agir en micro-entrepreneur de leur destin professionnel et résidentiel. La question principale : comment ces dispositifs permettent de créer des liens et comment, en même temps, les habitants se sentent encouragés à nous raconter leurs histoires personnelles, ce qui permet de générer de nouveaux services qui serviront la résidence où ils vivent. Nous observerons certains éléments créés dans l’agence d’architecture et le Centre de Recherche sur l’Habitat (maquettes, pictogrammes et autres) afin de comprendre l’appropriation par les habitants qui ont participé. Ces ateliers portent un triple objectif : (1) inciter les locataires à maîtriser leurs consommations d’électricité en fonction de l’énergie solaire produite — le dispositif ne prévoyant pas de mode de stockage de l’énergie solaire ; (2) définir avec les locataires et les agents de proximité de nouveaux services collectifs dans les résidences, que ce soit dans les logements ou dans les « incubateurs » (laverie collective, distributions de pain à domicile, etc.) ; (3) accompagner et former les résidents à concrétiser la réalisation de ces services, en travaillant sur leur employabilité (atelier de création de CV, modalités de création d’une association, usages des outils numériques, etc.).
Les porteurs de ce projet d’innovation sociale proposent un agencement original qui consiste à désigner certains espaces collectifs (halls, locaux vacants en pied d’immeuble, espaces extérieurs) comme des « incubateurs » ‒ autrement dit de transformer les espaces résidentiels en « tiers-lieux », c’est-à-dire des lieux dédiés à la coproduction de services et de ressources pour les locataires reconvertis en micro-entrepreneurs (Wilson Wetter, 2020).
Bibliographie
Beslay, C., Gressier, A., Morlat, C., Gournet, R., Capelle, J. (2019), « Innover dans l’Habitat social. Le modèle Économique et Social d’Habitat Contributif », Innovation et territoires face aux inégalités, actes de colloque, Université du Québec.

Demoulin, J. (2016), La gestion du logement social  : l’impératif participatif, Rennes, Presses Universitaires de Rennes.

Genard, J.-L. (1999), La grammaire de la responsabilité, Cerf, Paris.

Leclercq, B., Wilson Wetter, Y. (2021), Du locataire social au micro-entrepreneur. La gestion des quartiers HLM périphériques à l’épreuve de « l’innovation sociale ». lesmondesdutravail.net (en ligne), Les Mondes du Travail, 2021, pp.47-61. ⟨halshs-03600874⟩

Warin, P. (1995), « Les HLM  : impossible participation des habitants », Sociologie du travail, n°37/2, pp. 151‑176.

Wilson Wetter, Y. (2020), La politique de la ville en images  : le cas de la Gran Misión Vivienda Venezuela (2011-2020), Thèse de doctorat en urbanisme, Université Paris 10, Nanterre.

Journée d’étude, La production de représentations ordinaires du territoire par des dispositifs de « storytelling participatif »

Cette journée d’étude propose de repérer et d’examiner des dispositifs de médiation et de communication qui produisent des représentations du territoire par des procédés de storytelling et d’écritures participatif·ve·s, lesquels reposent sur la participation des habitant·e·s ordinaires. Ces dispositifs ont généralement pour objectif de bousculer les représentations dominantes des territoires en donnant la possibilité de s’exprimer aux habitant·e·s ordinaires – notamment aux classes populaires et aux groupes minoritaires – peu visibles dans l’espace médiatique traditionnel.

On pourra ainsi questionner les rapports entre les représentations ordinaires ainsi produites et les représentations habituelles (véhiculées par les discours médiatiques et institutionnels) ; les enjeux mémoriels et de réécriture de l’histoire qui surgissent lorsqu’on ouvre à de nouveaux groupes sociaux le pouvoir de sélection des éléments qui doivent figurer dans un récit commun ; la potentielle instrumentalisation de la participation des citoyen·ne·s ordinaires à des fins marketing ou politiques ; ou encore la façon dont ces dispositifs permettent parfois de passer de la représentation à la construction du territoire.

Cette journée vise aussi à évaluer la portée de ces dispositifs et leurs effets sur l’action publique et sur la fabrique du territoire. Elle s’appuiera pour cela sur des études et contributions scientifiques portant sur des cas précis, ainsi que sur des tables-rondes et discussions faisant intervenir des élu·e·s locaux, acteurs associatifs, habitant·e·s et spécialistes des territoires.