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Jean-Pierre Frey

Villes en Parallèle n° 12-13, Formes Urbaines

Refaire de la forme urbaine

Date de parution : novembre 1988

Éditeur : Université de Paris X-Nanterre/Laboratoire de Géographie Urbaine

Pages : pp. 202-214

ISBN :

Domaines : Géographie urbaine - Urbanisme

En partant de l’exemple de l’Algérie, pays en voie d’urbanisation accélérée, l’auteur analyse les possibilités de dépassement d’une des contradictions majeures de la production de l’habitat qui fait obstacle à l’apparition d’ une morphologie urbaine en même temps bien équipée et susceptible de traduire les caractéristiques culturelles de l’usage de l’espace dans ce pays.
Les logements produits par les entreprises publiques bénéficient des travaux d’infrastructure et d’équipement qui garantissent le confort (minimal) de l’habitation, mais souffrent de la normalisation bureaucratique des plans et du simplisme de la conception urbanistique. L’habitat autoconstruit, qui par ailleurs pallie le manque d’efficacité de l’action de l’État en la matière, mais en dehors des normes et de la légalité, présente l’avantage de mieux traduire les caractéristiques et les profondes mutations de l’évolution des modes de vie des divers groupes sociaux, mais, les équipements, les infrastructures et la coordination urbanistique des opérations lui font cruellement défaut.
L’occasion nous est ainsi offerte de reconsidérer les parts respectives que peuvent jouer, dans de nouvelles modalités de production et de formalisation de l’espace, les maîtrises d’ouvrages et d’œuvres architecturales ou urbaines selon une nouvelle pertinence de leurs objets respectifs.

Extrait

La problématique de la morphologie urbaine dans les questions d’aménagement doit son actualité à la perte d’un savoir-faire dans les maîtrises d’ouvrage et d’œuvre de la forme urbaine. Si forme il y a bien toujours, puisque tout processus de production de l’espace aboutit à une formalisation des éléments matériels de composition du domaine bâti et de l’environnement physique, disons qu’elle a fortement perdu en richesse et en complexité dans cette phase, semble-t-il en voie d’achèvement, de production sommaire et massive d’espaces péri-urbains, dont les vocables de ZUP et de ZAC permettent à eux seuls de désigner les grandes caractéristiques formelles : tours, barres, structures urbaines viaires et zonages.
Notre réflexion portera moins sur la critique de ce mode d’urbanisation que sur les chemins nouveaux que son constat d’échec permet de dessiner.
Plusieurs positions caractérisent notre abord de la question.
Nous participons tout d’abord de cette mouvance théorique qui cherche à appréhender la forme urbaine dans les rapports qui se sont établis à différentes périodes de l’histoire entre la morphologie urbaine et la typologie architecturale. Autant dire que nous sommes intimement convaincu du fait que toute forme urbaine naît de ce rapport, et que nous avons tendance à nous inscrire en faux contre toute conception d’un espace urbanistique qui ferait abstraction des caractéristiques du domaine bâti et de la diversité de ses conditions de production, et, dans un même ordre d’idée, contre toute conception d’un espace architectural qui viserait à s’abstraire de l’espace urbain en se construisant systématiquement contre ce qui existe.
On aura compris que ce sont les attitudes systématiques d’avant-garde et de modernisme que notre position incrimine. Le refus du rapport à l’existant, qui caractérise ce mouvement doctrinal de l’architecture contemporaine, peut n’être que le résultat, dont nous ne discutons pas les qualités esthétiques souvent évidentes, d’une propension élitaire et artistique à construire ses objets - considérés comme des œuvres - contre ce qui existe par la quête absolue de l’innovation dans le sens d’un progrès dont nous ne savons plus très bien où il nous mène, et celle plus relative d’une originalité par rapport à la production libérale et concurrentielle orientée contre celle des alter ego. Cette négation de l’intérêt de ce qui existe par la recherche de ce qui sort du commun aboutit à la quête de nouveaux horizons que l’on retrouve soit dans l’investissement du périurbain, soit dans la rénovation/destruction des tissus anciens comme recherche, souvent implicite, de la vastitude et du vide du site comme gage de liberté d’expression.