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Yankel Fijalkow

Pascale Pichon, Claudia Girola et Elodie Jouve (dir.), Au temps du sans abrisme, enquêtes de terrain et problème public

Compte rendu de lecture

Pascale Pichon, Claudia Girola, Elodie Jouve (dir.), Au temps du sans-abrisme. Enquêtes de terrain et problème public, Saint-Étienne, Presses universitaires de Saint-Etienne, coll. « Sociologie matières à penser », 2016, 454 p., ISBN : 978-2-86272-684-7.

Ce considérable volume consacré à différents aspects du sans-abrisme rassemble un collectif interdisciplinaire et intergénérationnel d’auteurs en sciences sociales et en art. Il fait suite à une exposition et à un colloque international qui se sont tenus en 2012 à la Cité du design de Saint-Étienne : « La recherche s’expose. Espace public et sans domicile fixe ». Dans leur longue et passionnante introduction à l’ouvrage, Claudia Girola, Elodie Jouve et Pascale Pichon explicitent le terme de « sans-abrisme » en référence au mot anglais homelessness. Le sans-abrisme recouvre un phénomène historique et des situations singulières et collectives inscrites dans la construction du problème public : SDF, sans-logis, non logés, errants, itinérants, sans abris, grands précaires, etc. Attentif aux différentes échelles du politique, des programmes étatiques à la cohabitation domestique, l’ouvrage s’attache autant à la construction du problème public qu’à sa politisation, entendant par là les façons de gouverner et de déployer des outils, lesquels vont de l’art à la prise en charge institutionnelle et à la pratique des professionnels. Partant de la visibilité des sans abris dans l’espace public cette publication collective s’intéresse aux différents positionnements des chercheurs dans l’enquête ethnographique ainsi qu’à celle des artistes. Si, comme les chercheurs ceux-ci réfléchissent aussi à la distance et à la proximité qu’imposent ces situations dramatiques, on peut faire l’inventaire de leurs postures créatives, ce qui permet en retour d’interroger les sciences sociales. L’ouvrage est composé de trois parties : la première porte sur « les sciences sociales aux prises avec le problème de sans-abrisme » ; la deuxième appréhende « la recherche comme prise de position » ; enfin, la troisième est consacrée aux retours d’enquêtes, intégrant notamment des recherches menées dans les jardins de Tokyo (Estelle Degouys) et des rues de Buenos Aires (Griselda Palleres, Paula Rosa).

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