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Jean-Pierre Frey

MORISSET (Lucie K.), NOPPEN (Luc), Les Identités urbaines, échos de Montréal

Prolégomènes à une histoire des concepts de morphologie urbaine et de morphologie sociale

Date de parution : 2003

Éditeur : Nota Bene (Montréal-Québec)

Pages : 19-35 / 318 p.

ISBN : 2-89518-162-4

Domaine : Savoirs urbains

Cet ouvrage est né d’un séminaire tenu conjointement par le Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions et le Département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal. Associant l’histoire de l’architecture, la philologie, la sociologie, l’ethnologie, la recherche architecturale, le travail social, l’économie, l’histoire, l’histoire de l’art et la géographie, il rassemble les textes de chercheurs du Canada, de la France, du Maroc et du Brésil qui ont participé au séminaire ou au colloque étudiant qui le clôtura, en avril 2001 ; les rencontres visaient à dresser un bilan des problématiques et des développements de la la recherche internationale en ce qui a trait aux rapports entre la ville et l’identité, tels qu’ils s’expriment ou se constituent dans le paysage construit.
Plus précisément, il s’agissait, dans une perspective pluridisciplinaire et transdisciplinaire, d’étudier les processus de codification, la constitution et la transmission des identités collectives dans les villes du XXe et du XXIe siècle. Tout en faisant le point sur les savoirs urbains à l’égard des manifestations sociales et culturelles de l’identité, cet ouvrage en explore ainsi des « formes » nouvelles, afin de saisir la mise en œuvre des négociations identitaires qu’appelle dans les villes, le contexte de plus en plus interculturel et de plus en plus mondial.
L’approche pluridisciplinaire adoptée considère les ancrages de cette problématique dans les multiples visages des identités collectives, anciennes et nouvelles que forgent les représentations urbaines ; ainsi les textes de cet ouvrage retracent, dans le cadre bâti et dans sa consécration patrimoniale, dans les pratiques culturelles ou sociales, dans les discours esthétiques, dans les récits historiques ou dans les écrits théoriques sur la ville, les modalités de constitution, d’expression et de mutation des identités urbaines.

Le champ instable et disputé de l’urbanisme : prolégomènes à une histoire des concepts de morphologie urbaine et de morphologie sociale
Dans la façon de cerner la personnalité des villes et des agglomérations, nombre d’auteurs se sont appuyés sur la notion de morphologie. La forme d’une ville participe en effet de son identité, comme du reste ses modes de peuplement et la composition de ses activités et de sa population. Dans la construction d’un champ interdisciplinaire doctrinal et de connaissances scientifiques dans le domaine de l’urbanisme qui nous intéresse ici, un siècle d’efforts de conceptualisation n’a pas encore réussi à asseoir les bases d’une objectivation pertinente et convaincante des rapports entre l’espace et la société. Les tentatives ne manquent pourtant pas, mais elles souffrent d’un manque de capitalisation des savoirs que notre démarche a pour ambition de combler.
C’est donc à la restitution des articulations entre les concepts de morphologie urbaine d’un côté, de morphologie sociale de l’autre que le travail de Jean-Pierre Frey, que l’on peut dire d’épistémologie, se consacre. Les obstacles épistémologiques sont nombreux et force nous est de partir d’un premier constat.
S’il existe une histoire de la pensée urbanistique, elle est largement méconnue par les tenants mêmes de ce champ d’activité toujours divisé entre une pratique opérationnelle pragmatique, toute faite d’expédients et d’intérêts divers, et une multitude d’approches ressortissant à des disciplines que des raisons pratiques et théoriques opposent avec persistance.
Dans la pédagogie ou les institutions d’enseignement comme dans les milieux professionnels, le clivage entre les approches spatiales et les approches sociales prend la figure de l’opposition entre les architectes ou les ingénieurs d’un côté, les tenants des sciences humaines ou sociales de l’autre. Bref, on peut partir de l’idée que nombre d’architectes, qui négligent les sciences humaines au profit de créations formelles et supposées dotées de valeurs esthétiques échappant par nature aux jugements du sens commun, en s’instaurant d’emblée urbanistes sans formation appropriée, usurpent les prérogatives d’urbanistes (architectes ou non) plus familiarisés avec les questions sociales. Entre les deux, ceux que nous appelons des architectes-urbanistes correspondent à un milieu contraint, méconnu et en mal de reconnaissance sociale. Ce sont pourtant les rares à être porteurs, notamment dans les écrits doctrinaux et la pratique opérationnelle, des articulations entre le spatial et le social.