Sur le même sujet
 

Clara Piolatto

Les pratiques de l’exclusion

Journée d’étude de l’AJCN 395 - 2 décembre 2017

Lieu : Université Paris-Nanterre

Date : 2 décembre 2017

Organisation : Association des Jeunes Chercheurs de Nanterre / ED 395

Fondée récemment au sein de l’Université Paris-Nanterre, l’Association des Jeunes Chercheurs de Nanterre – E.D. 395 (AJCN 395) a pour projet de promouvoir l’interdisciplinarité, qualité spécifique de cette l’École doctorale 395 « Cultures, Milieux et Sociétés du Passé et du Présent », composée de neuf disciplines issues des Sciences Humaines et Sociales. Elle vise à valoriser les travaux de ses doctorants et jeunes chercheurs afin de développer les réflexions diachroniques et interdisciplinaires mais aussi croiser les méthodes de recherche. Forte d’une première année d’existence, l’AJCN 395 a l’honneur de convier les jeunes chercheuses et chercheurs en Sciences Sociales (doctorant-e-s et docteur-e-s ayant soutenu depuis moins de 2 ans) à sa première journée d’étude annuelle, qui aura lieu le 2 décembre 2017 autour du thème de l’exclusion.

Dans les années 1960, le vocable d’exclusion acquiert une nouvelle ampleur analytique grâce aux apports de Michel Foucault et Howard S. Becker. Dans le champ des études historiques et philosophiques, M. Foucault entame avec Histoire de la folie à l’âge classique, et poursuit avec Surveiller et Punir, une vaste étude destinée à mettre en évidence les pratiques de la société et leurs conséquences sur les individus. En s’intéressant aux institutions disciplinaires que sont les asiles et les prisons, il met au jour les dynamiques d’exclusion qui contribuent à la fois à désigner la déviance et à définir la norme. Dans un champ sociologique renouvelé par les apports de l’Ecole de Chicago et de l’interactionnisme symbolique, H. S. Becker dans Outsiders s’intéresse lui aussi à la marginalité et à la manière dont certains individus, étrangers à la collectivité, sont considérés comme déviants. Il insiste sur la mécanique interactionnelle à l’origine de l’exclusion et sur la manière dont les déviants sont rejetés pour et par leurs comportements transgressifs vis-à-vis de la norme acceptée par un groupe social ou une institution. Pour Foucault comme pour Becker, exclure c’est mettre au dehors et définir le dedans par l’existence même de la marginalité.

A la même époque, le terme « exclusion », associé à la pauvreté, commence à investir le débat public (R. Lenoir, 1974). Les « exclus » sont alors, dans l’optique des hauts fonctionnaires qui produisent les rapports qui les mentionnent, les laissés-pour-compte d’une société en mutation, les vestiges d’une pauvreté anachronique dans un monde caractérisé par la croissance. Ce sont ces laissés-pour-compte des transformations de l’emploi qui font dans les années 1990 l’objet d’enquêtes comme celle de Robert Castel (1991 et 1995), celle de Serge Paugam (1991) ou encore celle placée sous l’égide de Pierre Bourdieu (1993). Robert Castel, avec les concepts de désaffiliation , de vulnérabilité et de fragilisation, comme Serge Paugam, avec celui disqualification sociale , tentent de dessiner les contours d’une nouvelle pauvreté en mettant au centre de l’analyse une institution levier de la structuration sociale : le travail. La Misère du monde, collectif sous la direction de Pierre Bourdieu (1993), s’attache à restituer les figures contemporaines de l’aliénation et à présenter la misère sociale – à partir de ceux qui l’éprouvent – non plus seulement comme une « misère de position » mais comme une « misère de condition ». L’ouvrage contribue notamment à décrire les ressorts d’une société qui fabrique des « exclus de l’intérieur » soumis au verdict d’institutions sélectives comme l’école.

Que le terme d’exclusion soit utilisé pour penser des processus, ou qu’il soit brandi – souvent de manière imprécise – pour servir de fer de lance à l’action politique, il est aujourd’hui invoqué pour décrire des expériences multiples de relégation et fait indéniablement partie des instruments conceptuels des chercheurs de toute discipline. Malgré un flou conceptuel, qui en fait l’équivalent d’une prénotion au sens durkheimien, le terme a nourri de nombreuses réflexions sur des phénomènes variés, de l’ostracisme à l’excommunication (Beaulande, 2006) en passant par l’exil ou le bannissement (Jacob, 2000). Elisabeth Crouzet-Pavan (Crouzet-Pavan, 2004) fait ainsi de la fin du XIIIe siècle italien une période de « triomphe de l’exclusion ».

L’alourdissement du contrôle des autorités communales et la réforme administrative contribuent en effet à la mise en place d’un système de proscription et de relégation des magnats, coupables d’avoir mis en péril l’honor et le status de la commune et du peuple. Martine Reid (Reid, 2010) examine, elle, la marginalisation des femmes auteures et la manière dont la sexuation impensée de l’institution littéraire œuvre à séparer et hiérarchiser les auteurs en fonction de leur genre pour finalement exclure les femmes. Le réinvestissement de la notion par de nombreux travaux a également permis de dépasser la simple approche en termes d’oppression et de stigmatisation. Nombreux sont les ouvrages qui abordent aujourd’hui des phénomènes de mise à l’écart plus ou moins volontaire, exil intérieur, retrait du monde exaltant l’ascèse sur le mode du contemptus mundi ou regroupement spatial et social favorisant l’entre-soi sur le mode des gated communities.

Cette journée d’étude invite les jeunes chercheurs d’horizons multiples à s’emparer de la notion d’exclusion pour en rappeler la valeur heuristique. Elle s’intéressera à aux processus et aux pratiques davantage qu’aux groupes d’exclus en eux-mêmes.

Document-joint
(PDF - 138.7 ko)