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Jean-Pierre Frey

Les Annales de la recherche urbaine, n° 53, Le Génie du propre

La Domestication urbaine des commodités. Les modèles d’habitat des usines Schneider au Creusot

Date de parution : 1992

Éditeur : Ministère de l’Équipement, des Transports et du Tourisme - Plan urbain

Pages : pp. 59-72

Domaines : Habitat, Architecture

Résumé

Il est de pratique courante, pour peu qu’une envie ou qu’un besoin pressants nous assaillent dans un lieu qui ne nous est pas familier, de nous enquérir —discrètement— de l’emplacement des lieux ou du petit-coin, W.-C. ou salle de bains selon le cas. C’est que ces endroits, espaces privés de l’habitation ou des lieux publics, restent d’une localisation incertaine. Variable selon les divers types d’habitat, cette localisation le fut encore plus dans les cheminements empruntés par les dispositifs techniques qui composent ce que nous appelons équipements à l’heure actuelle, selon les groupes sociaux qui en faisaient usage et selon de multiples périodisations historiques. Les fluctuations et incertitudes de cette localisation, les avatars de la domestication des éléments d’un confort¬ —qui ne fut pas toujours quotidien offrent l’occasion de rappeler que les raisonnements de type fonctionnalistes, encore largement en vigueur chez bon nombre d’architectes, ne peuvent qu’achopper sur le caractère quelque peu erratique de la conjonction de trois éléments de composition de l’habitat relevant de filiations différentes. Il y a tout d’abord des techniques dont l’avance et la diffusion, quoique lentes, laissent toujours une part à un inconnu qui fait le charme fascinant de l’innovation. Il y a ensuite la dépendance de l’habitation vis à vis d’une avance de l’urbanisation ou de l’urbanité des équipements qui offre plus ou moins de possibilités selon des décalages toujours possibles entre la domestication privée du confort et la mise en œuvre publique des équipements qui lui correspondent dans l’espace urbain. Il y a enfin et surtout des conditions sociales d’appropriation des choses et des lieux qui, intimement attachés aux faits et gestes, à la maîtrise du corps aux relations à autrui et, plus fondamentalement, aux habitus et à l’incorporation des techniques en schèmes pratiques, restent toujours étroitement dépendants des modes de vie et des mentalités. Toute solution normalisée apparaît ainsi d’emblée en décalage par rapport à la réalité sociale et toute approche normative des pratiques d’hygiène s’inscrit toujours peu ou prou en faux contre l’usage effectif des lieux.