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Benjamin Leclercq , Agnès Deboulet (dir.)

Déléguer la gestion des conflits sociaux : sociologie de l’intermédiation dans les quartiers d’habitat social

Directeur de thèse : Agnès Deboulet

Discipline : Sociologie

Année d’inscription : 2014

Université : Université Paris 8

Ecole doctorale : ED 401

Résumé

À partir des années 1970, un ensemble de professionnels a cherché à imposer un mode d’intervention dans les quartiers HLM sur la base d’une intermédiation entre habitants et institutions locales. Le but de cette démarche de « développement social urbain » était de moderniser l’action de l’État et des services publics en érigeant le « travail de terrain » en véritable expertise permettant à la fois l’émancipation individuelle et collective des habitants, et l’amélioration de l’action publique par la contribution directe de leur destinataire. En dépit d’un important travail de légitimation et de la circulation des modèles d’empowerment ou du community-organizing, une telle conception de l’intervention sociale n’a pas réussi, jusqu’à présent, à se professionnaliser en France, alors même qu’elle y est partiellement parvenue ailleurs (Pays-Bas, Québec, Belgique…). La thèse appréhende les raisons de cet échec, par l’analyse des pratiques d’intervenants sociaux cherchant malgré tout à légitimer l’intermédiation comme instrument de modernisation de la gestion des quartiers populaires et d’émancipation individuelle et collective des habitants. Or, la légitimité de ces acteurs s’est circonscrite au sein d’espaces institutionnels disqualifiés, dans un champ d’action extrêmement localisé – la sphère résidentielle - et dans des contextes urbains où les approches sécuritaires et spatiales n’ont pas fait la preuve de leur efficacité. D’autre part, leur expertise s’est vue concurrencée par les « petits boulots » du social liés à l’insertion professionnelle, reléguant ainsi le « travail de terrain » à une posture disqualifiée. Enfin, la légitimité circonstancielle qu’ils sont parvenus à acquérir s’est faite au prix d’un renversement de paradigme : les habitants y sont positionnés en principaux responsables de leur situation, et incités à agir en relais de l’action publique à l’échelle individuelle, au détriment à la fois du développement de leurs capacités collectives à pouvoir renégocier les normes des institutions qui les gouvernent, mais aussi de former des alliances avec ces dernières pour combattre les causes des inégalités et des mécanismes de ségrégation sociospatiale.