Céline Barrère, Caroline Rozenholc-Escobar

De la production des lieux de mobilité

Ou comment interroger les spatialités contemporaines

Date de parution : 2018

Éditeur : Karthala

Collection : CIST

Pages : 6-18

Référence HAL-SHS : hal-02522933v1

Résumé

Si l’usage commun fait du lieu un mot et un objet de l’expérience quotidienne, l’usage savant en fait, lui, une notion complexe et labile, sémantiquement chargée et qui ne cesse de faire débat. Sans tenter d’en faire une épistémologie complète, il nous faut néanmoins revenir brièvement sur quelques uns de ses traits distinctifs et, notamment, sur ceux qui en font un « carrefour » ou un prisme interdisciplinaire permettant de réinterroger les sciences humaines, leurs théories, leurs objets et leurs outils. En témoigne l’omniprésence presque incantatoire, mais nouvelle, du mot lieu dans la titulature de publications récentes (Brochot et de la Soudière, 2010).

Alternant périodes d’éclipse et de retour en grâce depuis plus de quarante ans, le lieu ne peut se réduire au simple synonyme de deux notions clef abondamment travaillées par la géographie : l’espace et le territoire. En effet, à partir du tournant qualitatif des années 1970, la « connexion entre le lieu et le sujet » (Entrikin, 2003) est placée au cœur des analyses géographiques des individus, des sociétés et de leurs spatialités, faisant du lieu une notion qui dialogue avec l’anthropologie, la sociologie, l’histoire ou encore la phénoménologie. Le lieu réapparaît ensuite, après quelques années d’oubli, comme notion expérientielle, à l’articulation du matériel et du symbolique. Il est ainsi toujours biface : d’un côté, c’est une unité spatiale dans laquelle s’inscrivent des pratiques, des regards, des phénomènes ; de l’autre, c’est une relation entre un individu ou un groupe et une portion d’espace. N. Entrikin (1991) montre ainsi comment le lieu est pris dans une série cumulative de tensions : entre matériel et symbolique, subjectif et objectif, individuel et collectif. Il est également central en géographie, comme c’est le cas dans d’autres disciplines connexes (l’architecture par exemple) et reste peu défini par rapport aux notions proches d’espace et de territoire. Ces tensions empêchent dans une certaine mesure la stabilisation du terme et de son contenu. Pourtant, elles constituent son plus sûr ressort en tant qu’outil d’analyse et cadre de pensée du rapport à l’espace, car elles interrogent sa nature, sa fonction, sa performativité, comme son degré heuristique (Brochot et de la Soudière, 2010).

L’axe majeur - Dani Karavan