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Hélène Hatzfeld, Antoine Loubière

Actualité du bidonville

La revue Urbanisme 2017

Date de parution : 2017

Collection : La revue Urbanisme

Revue : N°406

Domaines : Urbanisme (Actualité du bidonville)

Actualité du bidonville

Le centre d’accueil des réfugiés de la porte de la Chapelle à Paris fait scandale. Migrants et réfugiés semblent avoir pris la place des roms dans les journaux télévisés. La Jungle de Calais a été détruite. Mais des bidonvilles sont toujours présents en banlieue parisienne – et ailleurs en France – même s’ils ne font plus la une du Parisien. C’est cette actualité paradoxale que ce dossier présente. D’abord comme une histoire : celle des années 1960-1970 qu’évoquent la couverture et les autres photos en noir et blanc ; celle de leur éradication en France, dont témoigne notamment Marie-Claude Blanc-Chaléard. Ce dossier se saisit aussi d’un renouveau d’intérêt. Son idée est née des journées d’études « Les bidonvilles dans la cité » tenues à Marseille en mars 2016 /1. Leurs organisatrices, Agnès Deboulet, Muriel Girard et Marion Serre, nous ont proposé d’en faire le thème d’un numéro. Chercheurs, architectes et urbanistes, artistes apportent ainsi leurs observations et leurs réflexions, questionnent « l’objet le plus illégitime de l’histoire de l’urbanisme : les bidonvilles ».

Marseille, le lieu n’est pas neutre. La ville a accueilli et accueille toujours des bidonvilles, au point qu’ils font désormais partie de son histoire officielle. La maquette d’un habitat auto-construit, démoli comme « bidonville », réalisée grâce à l’acharnement de l’association Face-à-Face - Architecture et urbanisme de proximité, figure désormais dans les collections du Musée d’histoire de Marseille. Cette patrimonialisation touche aussi d’anciens bidonvilles comme celui de Beausoleil, bâti par les maçons italiens qui travaillaient à Monaco. On notera que le Département des Hauts-de-Seine présente cet automne une exposition sur l’histoire et l’architecture de la zone B du quartier d’affaires de La Défense /2, qui donne toute sa place aux bidonvilles de Nanterre.

Cette dimension historique et patrimoniale ouvre sur la réalité actuelle des bidonvilles et sur de nouveaux questionnements : en regard d’autres pays européens ou d’autres continents, comment les dénommer ? Quelles sont les conséquences du « traitement répressif dont les bidonvilles sont l’objet avec des occupants considérés comme des personnes sans droit ni titre », comme le soulignent Agnès Deboulet, Muriel Girard et Marion Serre ? Des enquêtes montrent que l’insertion de leurs habitants est possible, à Madrid, au Portugal, en banlieue parisienne, pour peu que des pouvoirs locaux et des associations se mobilisent. Aline Archimbaud, sénatrice de Seine-Saint-Denis, précise les propositions législatives allant en ce sens, qu’elle a soutenues.
Nous avons aussi rencontré des acteurs de terrain, en particulier des responsables de Médecins du Monde. L’association, qui, à partir des questions de santé, est intervenue dès 1993 auprès des populations roms, estime que la stabilisation de certains bidonvilles peut constituer un sas pour l’insertion de leurs habitants. Cette affirmation interpelle politiques et professionnels de l’architecture et de l’urbanisme. Elle heurte la culture des aménageurs et opérateurs HLM qui a présidé à la résorption des bidonvilles des années 1960, résumée par le slogan « Pas de logement pauvre pour les pauvres ». Le propos n’est pas de pérenniser les bidonvilles – comme dans un certain nombre de pays du Sud où les quartiers précaires accueillent des millions de personnes – mais d’accepter qu’ils puissent provisoirement servir de lieux de vie pour des populations qui ont besoin d’un habitat, d’une véritable adresse.

https://www.urbanisme.fr/actualite-du-bidonville/dossier-406/197#article1233